Fortement dégradés par les pressions anthropiques, les cours d’eau font l’objet de projets de restauration visant à augmenter leur naturalité. Ces interventions permettent le recouvrement de services écologiques perdus, la protection des propriétés et la restauration de la biodiversité.
Si les interventions traditionnelles visent souvent à répondre à des obligations utilitaristes (drainage, sécurité civile, accès ou aménagement ponctuel d’habitats fauniques), la restauration s’inscrit dans une vaste démarche visant à restaurer les milieux hydriques et riverains. Cette restauration a pour but de rétablir les fonctions écologiques et l’intégrité des processus hydrosédimentaires, afin de répondre aux enjeux environnementaux d’un bassin versant(1).
Les objectifs de la restauration des cours d’eau sont multiples. Ils visent notamment à :
- Recouvrer les services écologiques perdus par le milieu,
- Protéger les propriétés,
- Améliorer les services socioculturels,
- Restaurer la biodiversité,
- Permettre un retour à un état naturel d’un milieu dégradé, artificialisé ou détruit(2).
Pour atteindre ces objectifs, de nombreux projets de bonification aux entretiens de cours d’eau et de restauration visent dorénavant à augmenter la naturalité des cours d’eau. Ceux-ci peuvent inclure :
- L’aménagement d’habitats aquatiques,
- Le reméandrage de tronçons de cours d’eau,
- La stabilisation et la revégétalisation des berges par génie végétal ou techniques mixtes,
- La restauration passive reposant sur une approche axée sur l’espace de liberté.
Les actions de restauration se divisent en deux catégories soit :
- La reconnexion, qui consiste à supprimer les infrastructures (digues, canaux, barrages) limitant l’interaction entre les rivières et les plaines inondables, et déconnectant les flux.
- La reconfiguration, qui implique une modification physique des cours d’eau par remodelage, végétalisation des bandes riveraines ou reconstruction du milieu hydrique(3).
Sur le plan hydrologique et hydrogéomorphologique, la restauration vise essentiellement :
- le rétablissement de la dynamique fluviale d’origine,
- la remise en état de la morphologie du cours d’eau afin de retrouver un équilibre dynamique(4).
Plus spécifiquement, les interventions cherchent à rétablir la morphologie naturelle du lit et des berges, ainsi que la capacité du cours d’eau à transporter et à déposer les sédiments. Le rétablissement de l’espace de liberté est également recherché, car il permet au cours d’eau de se déplacer naturellement, de dissiper son énergie, par la formation de méandres et d’avulsions, et de maintenir sa connectivité avec les milieux humides adjacents(5). Par ailleurs, il est possible de cibler des problématiques d’érosion et d’accumulation sédimentaire dans un cours d’eau afin de stabiliser les berges ou le lit, et de contrôler les apports sédimentaires(6).
En somme, si la restauration d’un cours d’eau vise la réhabilitation des services écologiques, elle impliquera nécessairement le rétablissement de la dynamique fluviale naturelle, et vice-versa.
Le tableau suivant détaille les différents objectifs reliés à la restauration des cours d’eau.
Tableau 1 : Objectifs de la restauration des cours d’eau. Traduit de Wohl et collab. (2015).
| Objectifs | Description |
| Éducation/Récréatif | Activités qui augmentent la valeur communautaire : utilité, apparence, accessibilité, sécurité publique |
| Stabilisation de berge | Pratiques pour réduire ou éliminer l’érosion ou la perte de matériel sédimentaire dans la rivière |
| Reconfiguration du cours d’eau | Modification de la géométrie, de la forme en plan et/ou du profil longitudinal du canal |
| Suppression/rénovation de barrage | Suppression des barrages et des déversoirs ou modification/rénovation des barrages existants afin de réduire leurs impacts négatifs |
| Passage à poissons | Élimination des obstacles à la migration des poissons vers l’amont ou l’aval (élimination physique des obstacles, construction de voies alternatives, mise en place de barrières migratoires à des endroits stratégiques afin d’empêcher l’accès aux espèces indésirables aux zones situées en amont). |
| Reconnexion des plaines inondables | Pratiques qui augmentent la fréquence, l’ampleur ou la durée de l’inondation des zones inondables et qui favorisent les flux d’organismes et de matériaux entre les canaux et les zones inondables. |
| Modification du débit | Pratiques qui modifient le moment et la distribution de la quantité d’eau (ne concerne pas la gestion des eaux pluviales). |
| Amélioration de l’habitat du cours d’eau | Modification de la complexité structurelle afin d’accroître la disponibilité et la diversité de l’habitat pour les espèces cibles et fournir des habitats de reproduction et des refuges contre les perturbations et la prédation. |
| Gestion des espèces présentes dans le cours d’eau | Pratiques qui modifient directement la distribution et l’abondance des espèces aquatiques par l’ajout ou le transfert d’espèces et/ou l’élimination d’espèces exotiques. |
| Acquisition de terrains | Pratiques d’acquisition de baux, de titres ou de servitudes pour des terrains en bordure de cours d’eau dans le but de préserver les habitats ou pour faciliter les projets de restauration. |
Références
1.Comité d’experts pour la restauration des cours d’eau en milieu agricole (CERCEMA) / 2.MELCC, 2021 & Society for Ecological Restoration, 2004 / 3.Bernhardt et Palmer, 2011 & Wohl et collab., 2015 / 4.Agence de l’eau Seine-Normandie, 2007 & Harman et collab., 2012 / 5.Biron et collab., 2013 / 6.MELCC, 2021