En ignorant les processus hydrologiques et l’espace de liberté, les interventions anthropiques dans les cours d’eau ont exercé des pressions importantes sur ces milieux, compromettant leur équilibre et accélérant leur dégradation.
Les causes de la détérioration des cours d’eau résultent de multiples facteurs liés aux activités anthropiques. Par le passé, les interventions humaines en milieu hydrique ne considéraient pas les processus naturels, abordant les cours d’eau comme des entités statiques(1). Souvent motivées par des besoins fonctionnels ou de paysage (esthétiques)(2), ces interventions ont amplifié leur dégradation.
Urbanisation
L’urbanisation entraîne la perte de milieux naturels (boisés, bandes riveraines, plaines inondables), réduisant l’espace de liberté des cours d’eau et altérant leurs processus hydrologiques. L’imperméabilisation des sols favorise le ruissellement, augmentant la charge en polluants et le risque d’inondation(3). Le drainage urbain intensifie également les débits dans les petits cours d’eau, perturbant leur équilibre naturel.
Déboisement et agriculture
La perte du couvert végétal induit une hausse du débit des cours d’eau(4), modifiant leur morphologie, et favorise l’érosion des sols, augmentant ainsi la sédimentation et la turbidité. Le ruissellement sur les terres cultivées accroît la présence de polluants agricoles (engrais, fertilisants) et, parallèlement, la dégradation ou la disparition des bandes riveraines végétalisées intensifie l’érosion des berges et l’élévation de la température de l’eau(5).
Les ouvrages hydrauliques et de canalisation
Les ouvrages de rétention, tels que les barrages, modifient l’hydrologie et la morphologie des cours d’eau en réduisant le débit en aval et l’apport en sédiments, ce qui accentue l’érosion des berges et entrave la libre circulation des poissons(6). Par ailleurs, la canalisation (linéarisation, élargissement, creusage ou relocalisation d’un chenal) augmente la vitesse d’écoulement et l’érosion en aval et entraîne la disparition d’habitats naturels associés à la morphologie naturelle du cours(7).
Les changements climatiques
Les projections indiquent que les changements climatiques sont susceptibles de modifier les conditions hydrologiques, à moyen et long terme, notamment en prolongeant les périodes d’étiage à la fin de l’été et à l’automne et en transformant le régime des crues dû à l’augmentation des précipitations extrêmes(8). L’élévation des températures risque d’intensifier l’érosion des berges exposées en hiver en raison de la réduction du couvert de glace(9) . La hausse des températures favorise la prolifération bactérienne, dégradant la qualité de l’eau tandis que les feux de forêt et l’invasion d’espèces exotiques peuvent compromettre la biodiversité et la qualité de l’eau(10).
* Pour plus d’informations sur les impacts régionaux, consultez l’Atlas hydroclimatique du Québec méridional. Cet outil cartographique présente le régime hydrique des rivières du Québec méridional en climat actuel et futur, en anticipant l’impact des changements climatiques sur les débits afin de soutenir la mise en œuvre de pratiques de gestion de l’eau résilientes.
Références
1.Biron et collab., 2013 / 2.Florsheim et collab., 2008 / 3.Andrieu et collab., 2017 & Boucher, 2010 / 4.Durocher et Roy, 1986 / 5.Gagnon et Gangbazo, 2007 / 6.Baxter et Glaude, 1980 / 7.United States Environmental Protection Agency, 2007 / 8.Ouranos, 2024a & Ouranos, 2024b / 9.Paquette, 2010 / 10.Ouranos, 2024c