Guide sur la restauration des cours d’eau

Méthodes alternatives à l'entretien des cours d’eau au Québec

La gestion des espèces exotiques envahissantes

Dernière mise à jour: 2024.04.24

Description

Les interventions décrites dans la présente fiche technique sont celles impliquant des méthodes de contrôle d’espèces exotiques envahissantes (EEE) floristiques et fauniques, principalement dans les milieux naturels et hydriques avec des stratégies de lutte mécanique, chimique et biologique.

Contexte

Depuis plusieurs années, la problématique des espèces exotiques envahissantes a pris de l’ampleur dans différentes régions du Québec. Qu’elles soient introduites par l’activité humaine ou favorisées par les changements climatiques, ces espèces peuvent perturber les écosystèmes locaux en modifiant les habitats naturels et aquatiques, et en affectant même certaines activités humaines. Les espèces exotiques envahissantes sont des organismes introduits en dehors de leur aire de répartition naturelle, dont la propagation ou l’établissement peut nuire aux espèces indigènes et aux milieux colonisés. Il est donc essentiel de mettre en place des techniques de contrôle ciblées, afin de préserver le bon fonctionnement des écosystèmes. La lutte contre ces espèces, lorsqu’elles sont reconnues nuisibles, repose sur des stratégies mécaniques, chimiques ou biologiques.

Des mesures préventives ainsi qu’une sensibilisation des citoyens et des autorités locales sont suggérées. Les impacts sur les berges sont particulièrement préoccupants, car elles jouent un rôle fondamental dans la régulation des écosystèmes aquatiques et la création d’habitats pour de nombreuses espèces animales.

Berges fortement envahies par la renouée à gauche et le roseau commun à droite (source : Audrey Lachance, BEA)

Conception

La gestion proactive et continue des plantes et des animaux exotiques envahissants et nuisibles est essentielle pour préserver et restaurer la santé écologique des berges et des écosystèmes riverains. En effet, le contrôle de ces espèces, combiné à des efforts de restauration, permet de limiter les risques et les impacts des catastrophes naturelles, telles que les inondations et les sécheresses, tout en assurant la pérennité des ressources naturelles.

Conseils techniques

  • Le choix et la pertinence du type d’intervention utilisé dépend du contexte (taille de la colonie, contraintes, contexte de l’envahissement, proximité des plans d’eau et accessibilité, enjeux socio-économiques et objectifs de l’aménagement).
  • Lors de la réalisation des travaux, il importe de conserver un état d’esprit orienté vers l’objectif du gain en fonctionnalité écologique et ainsi éviter la destruction de l’ensemble du milieu, si ce n’est pas nécessaire. Autrement dit, cibler un contrôle efficace, tout en respectant le milieu naturel qui pourrait abriter des espèces floristiques ou fauniques rares.
  • Type d’intervention Contexte d’utilisation Suivi Coûts Notes
    Herbicide Quand les EVEE sont plus néfastes que l’application du produit toxique. Nécessite des autorisations. Relativement faible $ Ne peut pas être appliqué près de plans d’eau
    Fauchage Pour contrôler les grosses ou les moyennes colonies Élevé, doit être fait de façon répétitive, avant la production de graines

     

    $ Peut être utilisé dans n’importe quel milieu
    Arrachage manuel Pour contrôler de petites colonies ou des plants isolés Élevé, doit être effectué à plusieurs reprises pour être efficace $$ Peut être utilisé dans n’importe quel milieu
    Déblai mécanique Pour d’imposantes colonies denses ou lors de travaux mécanisés prévus. Nécessite des autorisations. Efficace (peut permettre l’éradication), mais nécessite un remblai et des plantations après travaux $$$ Peut être utilisé dans n’importe quel milieu
    Bâchage Pour contrôler différentes tailles de colonies. Nécessite des autorisations Relativement élevé, il est recommandé de faire un entretien plusieurs fois par année pendant plusieurs années $$ Peut être utilisé dans n’importe quel milieu
Différentes techniques de contrôle d’espèces végétales exotiques envahissantes : (a) arrachage manuel ; (b) bâchage ; (c) application d’herbicides sur une colonie du roseau commun ; (d) fauchage d’une colonie de la renouée du Japon et (g) déblai mécanique.

Entretien et cycle de vie

En fonction des espèces et des méthodes de lutte utilisées, le suivi et le temps d’entretien diffèrent. Par exemple, pour les espèces végétales contrôlées par bâchage, il est important d’effectuer quelques vérifications au cours de l’année afin de repérer d’éventuelles tiges émergentes ou des perforations dans le matériau. Dans ce cas, il est essentiel de procéder à de nouveaux arrachages et de remplacer la bâche pour maintenir un contrôle efficace. Dans certaines situations, comme pour le contrôle par déblai mécanique, l’entretien à long terme est faible, voire nul puisque cette méthode permet généralement l’éradication complète. Toutefois, elle nécessite une restauration du site par des plantations. Néanmoins, pour les espèces exotiques envahissantes animales, un contrôle continu sur plusieurs années est indispensable afin d’assurer l’efficacité et la pérennité des mesures de lutte.

Autres considérations

  • Les changements climatiques sont connus pour générer des problématiques de plus en plus perceptibles telles que le réchauffement des températures ambiantes, la fréquence accrue d’épisodes extrêmes et les variations de précipitations globales. En plus d’affecter les cycles vitaux et les habitats naturels de la faune et de la flore indigènes, l’augmentation des températures moyennes favorise le déplacement d’espèces exotiques envahissantes, leur permettent ainsi de s’installer dans des régions plus nordiques. Au Québec, ces changements favorisent leur progression et leur établissement dans des lieux où elles n’étaient pas présentes initialement, contraintes par les températures hivernales.
  • Les espèces exotiques envahissantes peuvent nuire aux activités humaines, telles que la pêche et la villégiature, l’agriculture, le tourisme et la gestion d’infrastructures. En effet, certaines espèces végétales exotiques ont la capacité de former des colonies monospécifiques qui réduisent la diversité végétale des berges et des milieux naturels.
  • Dans les milieux aquatiques, la pêche et la villégiature peuvent être affectées par la dégradation des habitats naturels des poissons et d’autres espèces locales : la difficulté à circuler en raison de l’abondance des plantes, l’introduction de maladies exotiques ou la modification de la chaîne trophique.

Références

Rédaction

Mélodie Dufour

Stéphanie Langevin

Audrey Lachance