Guide sur la restauration des cours d’eau

Méthodes alternatives à l'entretien des cours d’eau au Québec

L’hydrogéomorphologie pour la conception de traverses de cours d’eau résiliente

Description

Les meilleures pratiques pour la conception de traverses de cours d’eau reposent aujourd’hui selon des approches hydrologiques et hydrauliques éprouvées. Toutefois, certains contextes pourraient bénéficier d’une intégration de l’hydrogéomorphologie afin de bonifier la compréhension du cours d’eau (transport sédimentaire, perturbations, trajectoire, etc.) et ultimement concevoir une traverse plus résiliente. Le diagnostic hydrogéomorphologique constitue la voie préférentielle de cette intégration et fait déjà l’objet d’un guide méthodologique détaillé[1]. La présente fiche vise à identifier les contextes où ce travail supplémentaire pourrait être particulièrement bénéfique.

[1] Buffin-Bélanger et collab,. (2015). Diagnostic hydrogéomorphologique pour mieux considérer les dynamiques hydrosédimentaires aux droits des traverses de cours d’eau : guide méthodologique.

Contexte

Tous les types de traverses entraînent une altération du corridor fluvial, mais les ponceaux incarnent habituellement la forme la plus problématique. Leur forte concentration élevée (allant jusqu’à plusieurs structures par kilomètre) que par leur conception combinant un remblai et un tuyau étroit exacerbent les impacts. Une traverse inadéquate peut entraîner de nombreuses perturbations, telle qu’illustrée à la figure 1.

Figure 1. Illustration conceptuelle des problèmes couramment rencontrés aux abords de ponceaux sous-dimensionnés (adapté de Sherrod, 2022).

 

Une intégration efficace des principes l’hydrologiques et hydrauliques pour la conception d’une traverse contribue à atténuer, voire entièrement désamorcer le risque de telles perturbations. Cependant ces situations peuvent tout de même se produire dans le cas de cours d’eau naturellement mobiles, sujets à des ajustements morphologiques profonds en réponse à une perturbation ou sensibles aux changements futurs. La figure 2 présente un arbre décisionnel permettant d’évaluer la nécessité d’un diagnostic hydrogéomorphologique lors de la planification.

Conception

En premier lieu, l’arbre décisionnel pose la question fondamentale de la nécessité d’une traverse. Ceci s’applique tant aux structures existantes non utilisées qu’aux traverses projetées où il pourrait être pertinent de concentrer les passages au niveau des infrastructures existantes à proximité.

L’évaluation sommaire débute par l’examen de la présence d’une plaine alluviale active sur le tronçon d’implantation projetée. Si une telle plaine existe, l’intégration de ponceaux secondaires peut être envisagée pour améliorer la connectivité. Trois questions clés, posées dans cet ordre, guident l’intégration de la traverse dans le cours d’eau :

1) Le cours d’eau présente-t-il un déséquilibre morphologique ? L’élargissement et la régression de fond constituent des exemples typiques de processus associés à un déséquilibre hydrosédimentaire.

2) Le cours d’eau est-il naturellement mobile ? Par exemple, la migration latérale, les avulsions et une forte charge sédimentaire sont des phénomènes qui peuvent être associés à des systèmes peu perturbés mais présentent tout de même des risques significatifs pour les infrastructures.

3) Le cours d’eau est-il sensible aux perturbations ? En d’autres termes, les composantes du corridor fluvial (formes, substrat) sont-elles vulnérables aux perturbations comme les changements climatiques, les altérations dans le bassin versant ou la linéarisation ?

Arbre décisionnel pour évaluer la nécessité de recourir au diagnostic hydrogéomorphologique pour la conception d’une traverse.

Cheminement

En premier lieu, l’arbre décisionnel pose la question fondamentale de la nécessité d’une traverse. Ceci s’applique tant aux structures existantes non utilisées qu’aux traverses projetées où il pourrait être pertinent de concentrer les passages au niveau des infrastructures existantes à proximité.

L’évaluation sommaire débute par l’examen de la présence d’une plaine alluviale active sur le tronçon d’implantation projetée. Si une telle plaine existe, l’intégration de ponceaux secondaires peut être envisagée pour améliorer la connectivité. Trois questions clés, posées dans cet ordre, guident l’intégration de la traverse dans le cours d’eau :

1) Le cours d’eau présente-t-il un déséquilibre morphologique ? L’élargissement et la régression de fond constituent des exemples typiques de processus associés à un déséquilibre hydrosédimentaire.

2) Le cours d’eau est-il naturellement mobile ? Par exemple, la migration latérale, les avulsions et une forte charge sédimentaire sont des phénomènes qui peuvent être associés à des systèmes peu perturbés mais présentent tout de même des risques significatifs pour les infrastructures.

3) Le cours d’eau est-il sensible aux perturbations ? En d’autres termes, les composantes du corridor fluvial (formes, substrat) sont-elles vulnérables aux perturbations comme les changements climatiques, les altérations dans le bassin versant ou la linéarisation ?

 L’intégration de l’hydrogéomorphologie peut mener au choix d’une structure plus coûteuse initialement, mais plus résilientes face à une dynamique fluviale complexe (tiré de Reid Middleton, 2015).

Conseils techniques

  • Dans le contexte d’une concentration élevée de ponceaux, tel qu’observé couramment en milieu agricole, il convient d’examiner la possibilité de regrouper les usagers autour d’un nombre minimal de traverses. L’établissement de servitudes pourrait favoriser une gestion harmonieuse des infrastructures.
  • Les traverses existantes constituent un bon indicateur des perturbations potentielles pouvant survenir dans le futur, tant lors des travaux de réfection que pour l’implantation d’une nouvelle traverse dans un tronçon similaire situé à proximité. La présence d’une fosse d’affouillement et de sédimentation à l’amont figure parmi les marqueurs qui pourraient justifier la réalisation d’un diagnostic hydrogéomorphologique.
  • En l’absence de traverses à proximité du site visé, des hypothèses doivent être émises sur la base de l’évaluation globale du cours d’eau (formes, processus et trajectoire potentielle). Une incertitude plus élevée dans ce contexte devrait inciter plus facilement au recours à un diagnostic hydrogéomorphologique.
  • Dans le cas de passages peu fréquents mais nécessaires (p.ex. en milieu agricole), l’aménagement d’une traverse à gué pourrait être envisagé. Cette configuration ne restreint pas les dimensions du cours d’eau et limite son impact sur la dynamique fluviale locale et globale. Un concept d’ingénierie approprié doit cependant être prévu afin d’éviter l’incision du cours d’eau en aval.

Entretien et cycle de vie

L’intégration de l’hydrogéomorphologie dans la conception des traverses de cours d’eau plus dynamiques peut mener à des solutions plus robustes bien que plus coûteuses.  Ce coût est cependant amorti à plus long terme par une réduction significative des besoins d’entretien et une durée de vie prolongée de l’infrastructure.

Par exemple, une ouverture plus grande facilite le passage de débris réduisant le besoin d’interventions fréquentes contrairement à une traverse strictement dimensionnée selon des critères hydrologiques et hydrauliques.  Un meilleur transit sédimentaire peut également contribuer à atténuer des problématiques ailleurs sur le cours d’eau (sédimentation à l’amont, régression de fond à l’aval) qui peuvent engendrer des coûts importants liés à des interventions telles que le dragage ou la stabilisation riveraine.

Autres considérations

  • Les changements climatiques sont incontournables en contexte d’intervention en milieu hydrique. Ceux-ci font d’ailleurs partie intégrante des analyses hydrologiques pour la conception de traverses conventionnelles et seront donc, de facto, pris en compte dans la méthodologie bonifiée par l’hydrogéomorphologie, qui permet d’obtenir des structures plus résilientes.
  • Le réajustement du lit et la remobilisation de dépôts sédimentaires accumulés en berge, en amont de ponceaux sous-dimensionnés, peuvent avoir des effets à long terme sur la qualité de l’eau après l’implantation d’un nouvel ouvrage. Il est donc pertinent d’évaluer ce potentiel dans le cadre du diagnostic hydrogéomorphologique. Des recommandations pour la mitigation de ces effets indésirables pourront être intégrées à la planification des travaux (p. ex. stabilisation par phytotechnologie, déblai, utilisation ponctuelle de boudins de rétention sédimentaire).
  • La formation d’une fosse d’affouillement à l’aval d’un ponceau, bien que le symptôme d’un sous-dimensionnement causant la dégradation du cours d’eau, est souvent perçue comme une bonification de l’habitat du poisson. Lors de la réfection, cette fosse peut être laissée en place et intégrée à la conception de la traverse afin d’en tirer des bénéfices secondaires pour l’hétérogénéité de l’habitat.

Références

Rédaction

Alexandre Paradis

Geneviève Marquis