Guide sur la restauration des cours d’eau

Méthodes alternatives à l'entretien des cours d’eau au Québec

Description

La restauration passive fait référence à une approche visant à rétablir, à augmenter et à maintenir l’intégrité d’un système fluvial, en permettant aux processus naturels de se rétablir progressivement et de construire une morphologie cohérente à ces derniers.

Cela implique principalement la réduction ou le retrait des contraintes humaines limitant le dynamisme des processus, l’interruption des actions telles que le dragage et l’entretien de la végétation, et la préservation des systèmes fluviaux et des habitats qui ne sont pas impactées par ces perturbations.

La restauration passive vise donc à faciliter la reprise des processus permettant au système fluvial de se régénérer par lui-même, lorsqu’on lui laisse l’espace, le temps et les conditions nécessaires.

Le succès de cette approche dépend du niveau de dégradation initial de l’écosystème, du niveau de dynamisme du cours d’eau et de l’utilisation du territoire dans la plaine alluviale. La restauration passive constitue avant tout une approche qui oriente une initiative de restauration. Elle préconise un niveau minimal d’intervention humaine, mais peut se combiner à différentes actions complémentaires pour atteindre les objectifs d’un projet.

Représentation schématique du niveau (quantité et intensité) des interventions nécessaires pour la restauration de cours d’eau, en fonction du niveau de dégradation des processus fluviaux naturels et du dynamisme géomorphologique (Gariépy-Girouard, 2024, adapté de Friberg et al., 2016).

Brèches formées naturellement dans les anciennes digues de la rivière Neigette, dans la MCR des Basques. L’arrêt des dragages répétés pour contrer l’accumulation dans le chenal dégradé permet le retour de la dynamique d’aggradation-avulsion du cône alluvial (source : É. Gariépy-Girouard, LGDF-UQAR).

Contexte

La restauration passive s’appuie sur les processus fluviaux et le transport des sédiments pour garantir une dynamique et un fonctionnement naturel aux cours d’eau. Elle reconnait le rôle des sédiments et de leur mobilité dans la construction et l’évolution des systèmes fluviaux diversifiés que pourraient être nos cours d’eau, ainsi que des habitats qu’ils génèrent. Avec le temps, la succession végétale et la recolonisation des habitats créés par les processus fluviaux permettent d’obtenir un écosystème diversifié, adapté localement.

La restauration passive est généralement moins coûteuse et requiert moins d’expertise technique que les projets de restauration active, puisque ce sont les processus naturels qui font le travail. C’est la dynamique fluviale et la succession végétale propres au site qui restaurent le cours d’eau de manière évolutive.

Toutefois, bien qu’elle permette de limiter les interventions et leurs impacts, la restauration passive ne peut être appliquée à tous les cours d’eau, selon leur degré de dégradation et leur capacité de résilience. De plus, l’approche passive implique un niveau d’incertitude plus important, qu’il convient de saisir, de négocier d’intégrer dans la planification du projet.

La résilience des cours d’eau est le moteur de la restauration passive.

Conception

La conception d’un projet se réalise donc en cinq étapes principales, soit :

  • Définir les objectifs et les motivations du projet,
  • Poser un diagnostic hydrogéomorphologique (HGM),
  • Cartographier et préserver l’espace de liberté,
  • Éliminer les pressions anthropiques et les obstacles aux processus,
  • Négocier avec l’incertitude et laisser la nature travailler.

Conseils techniques

  • Chaque environnement fluvial et chaque projet de restauration sont uniques ; une bonne connaissance des enjeux, des processus et des perturbations sur votre territoire aidera à identifier des sites potentiels ;
  • Une expertise en hydrogéomorphologie est essentielle pour la plupart des étapes du projet ;
  • Il est important de prévoir une gestion adaptative du projet, avec un suivi à long terme.
Les grandes étapes d’un projet de restauration passive
Étapes Ce qui doit être fait Pourquoi Partenaires impliqués
Objectifs et motivations du projet -Identifier et concilier les motivations et les objectifs du projet

-Concertation ou cocréation avec la communauté et les organismes

-Éviter les incohérences

-Choisir le type de restauration adapté au site

-Identifier les expertises et les financements cohérents

-Créer des partenariats

-Augmenter l’acceptabilité sociale

-Gestionnaire du projet

-MRC/Municipalité

-Citoyens et propriétaires

-OBV

-Autres organismes en environnement ou conservation

Diagnostic HGM[1] -Identifier les processus HGM, les styles fluviaux et leurs perturbations

-Caractériser la trajectoire historique

-Anticiper les ajustements et les scénarios possibles

-Évaluer la faisabilité et les limites du projet

-Établir les possibilités de réalisation

-Définir le suivi à mettre en place

-Hydrogéomorphologue
Espace de liberté -Définir l’espace de liberté

-Racheter ou compenser des terrains

-Encadrer les activités

-Définir l’espace occupé par les processus HGM

-Protéger le site

-Pérenniser la restauration

-Hydrogéomorphologue

-MRC/Municipalité

-Propriétaire(s)

Retrait des perturbations -Retirer les ouvrages

-Interrompre les interventions répétées

-Contrôler les espèces exotiques envahissantes

-Laisser l’espace nécessaire à la reprise des processus HGM

-Diminuer les pressions sur le système fluvial

-MRC/Municipalité

-Propriétaire(s)

-Contracteur

Laisser la nature travailler et négocier avec l’incertitude -Définir la durée et les méthodes de suivi

-Caractériser l’évolution du site

-Assurer une gestion adaptative

-Partager les résultats du suivi

-Laisser le temps nécessaire à la reprise des processus HGM

-Adapter le projet aux ajustements du site

 

-Hydrogéomorphologue

-Biologiste

-Citoyens et propriétaires

-OBV

-Autres organismes en environnement ou conservation

 

 

Entretien et cycle de vie

Par sa nature, la restauration passive est une approche durable qui renforcie la résilience du cours d’eau. Aucun entretien n’est nécessaire et l’évolution du site se poursuit selon l’équilibre dynamique des processus fluviaux. Bien qu’il soit possible d’anticiper les trajectoires possibles pour le cours d’eau et sa dynamique, il est impossible de prévoir hors de tout doute la morphologie qu’il adoptera à court, moyen et long terme. Cela s’explique par le fait que c’est la dynamique fluviale elle-même qui est ainsi restaurée.

C’est pourquoi la restauration passive préconise d’investir principalement sur le suivi et la surveillance à long terme plutôt que dans les interventions, et ce, dans le but d’assurer une gestion adaptative au projet.

Gestion adaptative pour répondre à l’incertitude

  • Anticiper différents scénarios à différents horizons de temps selon les trajectoires, et prévoir de réévaluer les décisions en fonction des ajustements du site
  • Définir les limites et les enjeux en lien avec le dynamisme hydrogéomorphologique
  • Mettre en place un suivi rigoureux basé sur des indicateurs de reprise des processus fluviaux, considérant le suivi comme une composante essentielle de la restauration, au même titre que le retrait des perturbations.

Autres considérations

  • L’Indice de Qualité Morphologique peut aider à identifier des sites potentiels et à assurer le suivi de la restauration. Certaines des informations nécessaires pour calculer l’IQM sont pertinentes pour le diagnostic HGM. – voir Guide québécois d’application de l’Indice de Qualité Morphologique (IQM) des cours d’eau (Pouliot et collab, 2024)
  • Bien que la restauration passive soit généralement moins onéreuse que les aménagements de la restauration dite « active », il est nécessaire de prévoir plusieurs scénarios budgétaires en fonction des trajectoires, interventions possibles et réajustements.
  • L’incertitude et le temps requis pour la restauration passive dépassent souvent les limites actuelles des cadres de financement pour les projets de restauration. Différents types de suivis, adaptés aux échelles de temps et aux limites, permettent de pallier ces contraintes et de favoriser la réalisation de projets de restauration passive.

Références

[1] À consulter : Buffin-Bélanger T., Demers S. et Olsen T. (2015) – Diagnostic hydrogéomorphologique pour mieux considérer les dynamiques hydrosédimentaires aux droits des traverses de cours d’eau : guide méthodologique. Laboratoire de géomorphologie et de dynamique fluviale, Université du Québec à Rimouski. Remis au ministère des Transports du Québec, mars 2015, 55 pages.

Rédaction

Sophie Delorme, MRC des Basques & Étienne Gariépy-Girouard, UQAR