La restauration passive fait référence à une approche visant à rétablir, à augmenter et à maintenir l’intégrité d’un système fluvial, en permettant aux processus naturels de se rétablir progressivement et de construire une morphologie cohérente à ces derniers.
Cela implique principalement la réduction ou le retrait des contraintes humaines limitant le dynamisme des processus, l’interruption des actions telles que le dragage et l’entretien de la végétation, et la préservation des systèmes fluviaux et des habitats qui ne sont pas impactées par ces perturbations.
La restauration passive vise donc à faciliter la reprise des processus permettant au système fluvial de se régénérer par lui-même, lorsqu’on lui laisse l’espace, le temps et les conditions nécessaires.
Le succès de cette approche dépend du niveau de dégradation initial de l’écosystème, du niveau de dynamisme du cours d’eau et de l’utilisation du territoire dans la plaine alluviale. La restauration passive constitue avant tout une approche qui oriente une initiative de restauration. Elle préconise un niveau minimal d’intervention humaine, mais peut se combiner à différentes actions complémentaires pour atteindre les objectifs d’un projet.


La restauration passive s’appuie sur les processus fluviaux et le transport des sédiments pour garantir une dynamique et un fonctionnement naturel aux cours d’eau. Elle reconnait le rôle des sédiments et de leur mobilité dans la construction et l’évolution des systèmes fluviaux diversifiés que pourraient être nos cours d’eau, ainsi que des habitats qu’ils génèrent. Avec le temps, la succession végétale et la recolonisation des habitats créés par les processus fluviaux permettent d’obtenir un écosystème diversifié, adapté localement.
La restauration passive est généralement moins coûteuse et requiert moins d’expertise technique que les projets de restauration active, puisque ce sont les processus naturels qui font le travail. C’est la dynamique fluviale et la succession végétale propres au site qui restaurent le cours d’eau de manière évolutive.
Toutefois, bien qu’elle permette de limiter les interventions et leurs impacts, la restauration passive ne peut être appliquée à tous les cours d’eau, selon leur degré de dégradation et leur capacité de résilience. De plus, l’approche passive implique un niveau d’incertitude plus important, qu’il convient de saisir, de négocier d’intégrer dans la planification du projet.
La résilience des cours d’eau est le moteur de la restauration passive.
La conception d’un projet se réalise donc en cinq étapes principales, soit :
| Étapes | Ce qui doit être fait | Pourquoi | Partenaires impliqués |
| Objectifs et motivations du projet | -Identifier et concilier les motivations et les objectifs du projet
-Concertation ou cocréation avec la communauté et les organismes |
-Éviter les incohérences
-Choisir le type de restauration adapté au site -Identifier les expertises et les financements cohérents -Créer des partenariats -Augmenter l’acceptabilité sociale |
-Gestionnaire du projet
-MRC/Municipalité -Citoyens et propriétaires -OBV -Autres organismes en environnement ou conservation |
| Diagnostic HGM[1] | -Identifier les processus HGM, les styles fluviaux et leurs perturbations
-Caractériser la trajectoire historique -Anticiper les ajustements et les scénarios possibles |
-Évaluer la faisabilité et les limites du projet
-Établir les possibilités de réalisation -Définir le suivi à mettre en place |
-Hydrogéomorphologue |
| Espace de liberté | -Définir l’espace de liberté
-Racheter ou compenser des terrains -Encadrer les activités |
-Définir l’espace occupé par les processus HGM
-Protéger le site -Pérenniser la restauration |
-Hydrogéomorphologue
-MRC/Municipalité -Propriétaire(s) |
| Retrait des perturbations | -Retirer les ouvrages
-Interrompre les interventions répétées -Contrôler les espèces exotiques envahissantes |
-Laisser l’espace nécessaire à la reprise des processus HGM
-Diminuer les pressions sur le système fluvial |
-MRC/Municipalité
-Propriétaire(s) -Contracteur |
| Laisser la nature travailler et négocier avec l’incertitude | -Définir la durée et les méthodes de suivi
-Caractériser l’évolution du site -Assurer une gestion adaptative -Partager les résultats du suivi |
-Laisser le temps nécessaire à la reprise des processus HGM
-Adapter le projet aux ajustements du site
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-Hydrogéomorphologue
-Biologiste -Citoyens et propriétaires -OBV -Autres organismes en environnement ou conservation
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Par sa nature, la restauration passive est une approche durable qui renforcie la résilience du cours d’eau. Aucun entretien n’est nécessaire et l’évolution du site se poursuit selon l’équilibre dynamique des processus fluviaux. Bien qu’il soit possible d’anticiper les trajectoires possibles pour le cours d’eau et sa dynamique, il est impossible de prévoir hors de tout doute la morphologie qu’il adoptera à court, moyen et long terme. Cela s’explique par le fait que c’est la dynamique fluviale elle-même qui est ainsi restaurée.
C’est pourquoi la restauration passive préconise d’investir principalement sur le suivi et la surveillance à long terme plutôt que dans les interventions, et ce, dans le but d’assurer une gestion adaptative au projet.
[1] À consulter : Buffin-Bélanger T., Demers S. et Olsen T. (2015) – Diagnostic hydrogéomorphologique pour mieux considérer les dynamiques hydrosédimentaires aux droits des traverses de cours d’eau : guide méthodologique. Laboratoire de géomorphologie et de dynamique fluviale, Université du Québec à Rimouski. Remis au ministère des Transports du Québec, mars 2015, 55 pages.
Sophie Delorme, MRC des Basques & Étienne Gariépy-Girouard, UQAR



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