Guide sur la restauration des cours d’eau

Méthodes alternatives à l'entretien des cours d’eau au Québec

L’élaboration d’un projet de restauration de cours d’eau requiert une compréhension approfondie du milieu où se situe le cours d’eau à restaurer. Plusieurs éléments doivent être pris en compte pour réaliser un diagnostic adéquat menant à une restauration adaptée au contexte physique, biologique et humain.

La caractérisation terrain du cours d’eau constitue une étape clé de tout projet de restauration. Elle vise non seulement à recenser les symptômes de dégradation du cours d’eau, mais aussi à émettre des hypothèses sur les causes de cette dégradation. Cette caractérisation permet de recueillir diverses informations sur les dimensions, la configuration et le substrat du cours d’eau, qui sont essentielles à l’analyse hydrogéomorphologique. L’utilisation de l’indice de qualité morphologique (IQM) peut contribuer à identifier des causes de dysfonctionnement du cours d’eau et des pistes de solution pour sa restauration. Il est primordial de ne pas limiter la caractérisation aux tronçons à restaurer, mais de l’étendre en amont et en aval de ceux-ci. Les relevés de terrain doivent également inclure une caractérisation écologique du cours d’eau permettant d’identifier les espèces fauniques et floristiques présentes, notamment celles à statut précaire, ainsi que les espèces envahissantes et nuisibles (indigènes ou exotiques). L’analyse des données physiques et biologiques recueillies sur le terrain sert aussi à délimiter le littoral et les rives du cours d’eau, conformément à l’une des méthodologies reconnues par le MELCCFP[1].

Le diagnostic d’un cours d’eau doit également inclure une analyse documentaire, dont une partie peut avantageusement être réalisée avant les relevés de terrain. Une analyse des orthophotos et des photographies aériennes historiques permet de mieux comprendre l’évolution du cours d’eau et de son bassin versant dans le temps. Elle peut également fournir des renseignements sur les causes de dégradation du cours d’eau, sa dynamique naturelle et sa mobilité. Les données topographiques, comme les données LiDAR, et les bases de données gouvernementales sont utiles pour délimiter le bassin versant du cours d’eau, calculer sa pente longitudinale, identifier des tronçons homogènes en termes de dimensions et de configuration, et repérer les zones affectées par l’érosion.

Selon le contexte, les données climatiques et hydrométriques, ainsi que les cartes de zones inondables permettent d’établir les débits et cotes de crues et d’étiage du cours d’eau. Dans certains cas, des travaux de modélisation numérique sont nécessaires, notamment pour déterminer les vitesses d’écoulement et les forces tractrices. Pour approfondir la compréhension du milieu biologique, des recherches peuvent être effectuées auprès du Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec (CDPNQ) et d’autres organismes gouvernementaux, pour obtenir des informations sur les espèces fauniques et floristiques à statut précaire, les frayères et les aires protégées situées dans et à proximité du cours d’eau à restaurer. Des entrevues avec les propriétaires riverains peuvent aider à mieux cerner l’historique et la dynamique du cours d’eau, ainsi que les contraintes locales et les attentes du milieu face à un éventuel projet de restauration.

Il est à noter que, dans le cadre des projets nécessitant une autorisation ministérielle en vertu de l’article 22.4 de la Loi sur la qualité de l’environnement (RLRQ, c. Q‑2), une étude environnementale de site – phase 1- doit être réalisée pour évaluer le potentiel de contamination des sols et des sédiments. Au besoin, une caractérisation plus poussée peut s’avérer nécessaire. De plus, les demandes d’autorisation pour ces projets doivent aussi inclure une étude hydraulique et hydrologique, ainsi qu’un avis documentant la mobilité du cours d’eau. Le REAFIE[2] exige également, pour toute demande d’autorisation (articles, 16, 315 et 331), le dépôt préalable d’une série de renseignements et documents additionnels.

Enfin, bien que les projets de restauration visent généralement à redonner aux cours d’eau un caractère plus naturel, il demeure essentiel d’identifier, à l’aide d’analyses documentaires, géomatiques et d’observations sur le terrain, toutes les infrastructures devant être protégées pendant et après travaux. Ceci inclut les infrastructures souterraines (aqueduc, égouts, systèmes de drainage, gazoduc ou oléoduc, etc.) et hors sol (bâtiments, infrastructures routières, lignes électriques, etc.). Ces infrastructures devront être prises en compte dans la conception du projet de restauration, la planification des travaux et lors du suivi du cours d’eau restauré.

 

[1] MELCCFP : ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs

[2] REAFIE : Règlement sur l’encadrement d’activités en fonction de leur impact sur l’environnement (Q-2, r.17.1)

 

 

Références

[1] MELCCFP : ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs

[2] REAFIE : Règlement sur l’encadrement d’activités en fonction de leur impact sur l’environnement (Q-2, r.17.1)