Guide sur la restauration des cours d’eau

Méthodes alternatives à l'entretien des cours d’eau au Québec

L’évaluation de l’état d’un cours d’eau est une démarche complexe et multi-dimensionnelle, nécessitant une approche multidisciplinaire pour prendre pleinement en compte les différentes composantes du milieu hydrique et identifier les facteurs limitants pour le potentiel écologique d’un site. Bien que toutes les composantes soient importantes, certaines, situées à la base de la pyramide, sont particulièrement structurantes, car elles soutiennent les autres. Pour cette raison, l’évaluation de l’état d’un milieu devrait toujours, au minimum, inclure l’évaluation de la composante hydrogéomorphologique. Il s’agit d’assurer que les fondations sont solides avant de bâtir la structure.

Évaluation de l’état des milieux hydriques par l’Indice de qualité morphologique (IQM)

Lorsqu’il s’agit d’évaluer l’état d’un cours d’eau, il est essentiel de connaître l’historique des interventions. Et, quelques questions émergent :

 

  1. Le cours d’eau est-il naturel ?
  2. Quel est son niveau de dégradation ?
  3. Quels sont les aspects réparables ?

 

En réponse, l’Indice de Qualité Morphologique (IQM) est un outil qui présente une définition claire de ce qu’est un cours d’eau dont les processus sont naturels. Il clarifie ainsi de nombreuses perceptions erronées sur le rôle du transport sédimentaire, l’érosion des berges, l’inondabilité et la présence du bois mort dans le cours d’eau. Il est aussi un outil qui force à s’interroger sur les causes fondamentales du dysfonctionnement des hydrosystèmes.

Concrètement, l’IQM permet l’évaluation quantitative du degré de bon fonctionnement hydrogéomorphologique du cours d’eau, tout en considérant explicitement le style fluvial identifié. Composé de 28 indicateurs divisés en trois classes (artificialité, fonctionnalité et ajustement), il caractérise la santé du système fluvial à l’échelle du tronçon. Le score de l’IQM est compris entre 0 (complètement altéré) et 1 (complètement intègre).

Figure 1. Un cours d’eau parfaitement intègre (IQM=1) à gauche, un cours d’eau modérément altéré (IQM ≈ 0.5) au centre et un cours d’eau complètement altéré (IQM=0) à droite (© Firme Rivières)

Autrement dit, on évalue à quel point l’état du cours d’eau est fonctionnel comparativement à son état de référence. Tous les types de cours d’eau sont évalués en fonction de procédures adaptées, mais le score est ramené à une échelle commune, ce qui permet la comparaison objective de cours d’eau très différents.

Figure 7. Trois cours d’eau très différents, mais tous parfaitement intègres (IQM=1) (©Firme Rivières)

Bien que l’IQM ne soit pas prescriptif en matière de méthodes de restauration, il permet néanmoins de mettre en lumière les éléments problématiques d’un cours d’eau. L’identification des causes de dégradation (indicateurs d’artificialité) et de leurs symptômes (indicateurs de fonctionnalité et d’ajustement) aide à poser les bonnes questions pour initier la construction d’un plan d’action intégré à l’échelle du bassin versant.

L’état de référence

L’évaluation de l’état d’un milieu nécessite un référent de comparaison afin d’évaluer son degré d’intégrité, ce qui correspond à la notion d’état de référence. Ce concept désigne l’état d’un cours d’eau exempt de toute altération anthropique. Le degré d’intégrité du milieu est déterminé par l’écart entre son état réel et son état de référence.

Cette approche repose sur l’idée que le milieu naturel représente l’état écologique optimal que l’on peut espérer dans un contexte donné. L’état de référence permet de baliser les formes et processus attendus dans un environnement naturel donné et constitue ainsi une sauvegarde contre l’amnésie collective concernant la dégradation historique, à grande échelle, des cours d’eau québécois[1]. Étant donné le caractère dynamique des cours d’eau, l’état de référence ne se définit pas par une configuration précise, mais par la présence d’un patron morphologique à plusieurs échelles, reflétant la pleine expression des processus attendus dans ce contexte.

Cependant, l’état de référence ne doit pas être confondu avec un état historique « vierge » (au sens de l’anglais pristine), e.g. l’état pré-colonial. Reproduire aveuglément les morphologies du passé, risquerait de produire des résultats inadaptés aux conditions environnementales actuelles et futures.

On ne traverse pas le lac à moitié gelé au 15 décembre parce que nos grands-parents ont toujours pu le faire ; on s’ajuste plutôt aux nouvelles conditions pour assurer notre sécurité et on devrait réfléchir de la même façon dans la gestion de nos cours d’eau[2].

De même, la gestion des cours d’eau doit viser à construire un avenir qui soit le plus cohérent possible avec les processus naturels, assurant ainsi la durabilité des projets de restauration.

[1] (Guerrero-Gatica et al., 2019; Pauly, 1995 ; Walsh et al., 2005)

[2] (Dufour & Piégay, 2009)

Organisation hiérarchique des composantes du milieu hydrique et indices associés (adapté de Harman et al., 2012)

IQHP : Indice de qualité de l’habitat du poisson IQBR : Indice de qualité de la bande riveraine ISB : Indice de suivi du benthos IQBP : Indice de qualité bactériologique et physico-chimique de l’eau IQE : Indice de qualité des eaux (Conseil canadien des ministres de l’environnement) IQM : Indice de qualité morphologique